Le scénario "REPENSER LA SECURITE - de la politique de sécurité militaire à une politique de sécurité civile"
Au nom de l’Église évangélique de Bade, un groupe de travail national a élaboré un scénario de paix de grande envergure pour l’Allemagne d’ici 2018. Ce scénario, Repenser la sécurité, est également destiné à encourager des développements analogues dans d’autres pays. Il a été si bien accueilli depuis sa publication qu’il a été traduit en plusieurs langues.

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La déclaration Repenser la sécurité est fondée sur le rapport du gouvernement fédéral allemand de 2014 concernant la mise en œuvre du plan d’action « Prévention civile des crises, résolution des conflits et consolidation de la paix ». Repenser la sécurité montre comment les diverses initiatives déjà existantes en matière de politique de sécurité civile pourraient être résolument amplifiées à l’avenir et décrit à cet effet cinq piliers d'une politique de sécurité civile :
- Une économie et mode de vie équitables
- Le développement durable des pays voisins de l’UE
- L'élaboration d’une architecture mondiale de sécurité civile
- Des démocraties résiliantes
- La reconversion de l'armée allemande et de l’industrie de l’armement
Repenser la sécurité recommande la négociation et la mise en œuvre d’un partenariat économique et de sécurité avec la Russie et/ou l’Union économique eurasiatique (UEEA) ainsi que des partenariats de développement avec la Ligue arabe (LEA) et l’Union africaine (UA).
Actuellement, un investissement annuel de 17 milliards d’euros est affecté au développement économique, environnemental et social de ces pays. Une réduction budgétaire de la politique de sécurité militaire allemande permettrait à l’ONU et à l’OSCE de recevoir de l’Allemagne des contributions annuelles de 27 et 6 milliards d’euros (respectivement). Ces deux organisations pourraient voir leur rôle et leur capacité d'action nettement renforcés par rapport à aujourd'hui.
Depuis longtemps, toutes les Églises et tous les partis politiques en Allemagne se disent favorables à un renforcement de l’ONU pour la prévention des crises mondiales et la négociation de la paix. Or, ces dernières années, on a assisté régulièrement à une réduction des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Le budget annuel ordinaire de l’ONU n’est que de 3 milliards d’euros environ.
Pour les missions de paix (budget annuel actuel, 6 milliards d'euros environ) et la prise en charge des réfugiés, ainsi que pour le Programme mondial pour le climat et le Programme alimentaire mondial, l'ONU est obligée de solliciter de ses membres des contributions financières supplémentaires- ce qui a pour effet, en cas de crise, de ralentir considérablement les temps de réaction. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) est elle aussi confrontée à un manque de ressources financières, comme l'a montré la pandémie du Covid19.
La priorité donnée à l'armée en matière de politique étrangère et de sécurité est déraisonnable
Repenser la sécurité part du principe qu'une fois la guerre en Ukraine terminée, un désarmement militaire contrôlé de part et d'autre pourra à nouveau être négocié avec la Russie comme dans les années 1990 et mis en œuvre à partir de 2030.
Selon l’objectif des « 2% » de l’OTAN, l’Allemagne devrait investir chaque année 70 milliards d’euros dans une armée dont l'efficacité est très relative. Si, comme le propose Repenser la sécurité, l’Allemagne investissait plutôt 33 milliards d’euros par an dans l’ONU et l’OSCE, elle contribuerait durablement à notre sécurité et à la paix, car l’ONU serait d’un seul coup quatre fois plus efficace (en termes de budget) et l’OSCE six fois plus qu’auparavant.
Entre-temps, de nombreuses études scientifiques ont démontré que des opérations militaires menées à l'étranger sont relativement peu efficaces pour réaliser des objectifs politiques – ce que tout un chacun peut constater en Afghanistan, en Libye, au Mali et en Irak. Si on évalue ces opérations, on constate que l’accent mis sur l’armée par notre politique étrangère et de sécurité est déraisonnable. Les études internationales compilées sur le site Web de notre initiative le démontrent.
D'autre part, des études internationales récentes ont démontré que la résistance non-violente est deux fois plus efficace que les actions et les soulèvements violents. C'est pourquoi le scénario plaide pour une poursuite de l'adhésion de l'Allemagne à l'OTAN en tant qu'acteur de plus en plus civil.
Une initiative de grande envergure
Depuis 2019, sur la base de Repenser la sécurité, une initiative nationale est en train de se constituer dans le but de mettre en place une politique de paix allemande durable. 43 organisations allemandes et 3 européennes, dont l'initiative catholique Pax Christi, les Médecins pour la prévention de la guerre nucléaire, la Société allemande pour la paix et bien d'autres, revendiquent activement un changement de paradigme de la politique allemande dans le sens d'une mise en place durable de la paix.
Jusqu’à présent, plus de 150 multiplicateurs ont été formés à l’échelle nationale. Ils / elles se réunissent chaque mois dans leurs régions (virtuellement) pour échanger et se mettre en réseau. Dans de nombreux endroits, plusieurs organisations organisent ensemble des événements sur Repenser la sécurité. Les académies de toute l’Allemagne organisent également des événements sur la refonte de la sécurité.
Le Synode de l’Église évangélique en Rhénanie de janvier 2021 a recommandé à ses paroisses, à ses districts ecclésiastiques, à l’Église régionale et à ses institutions de faire leurs les orientations de Repenser la sécurité et d’envisager d'adhérer à notre initiative.
Au total, jusqu'en mai 2022, Repenser la sécurité s’est adressé à plus de 11,000 personnes intéressées dans le cadre de 300 événements publics. Beaucoup d'autres manifestations sont prévues. De nombreux grands quotidiens allemands ont fait des reportages ainsi que diverses stations de radio.
La Conférence annuelle de Munich sur la sécurité a engagé un dialogue public avec nous. Nous avons aussi pu présenter Repenser la sécurité lors de la réunion annuelle de l’Association des scientifiques allemands. Nous avons aussi rencontré des nombreux experts de premier plan en matière de défense et de politique étrangère du parlement allemand.
En décembre 2020, lors de la réunion annuelle de l'initiative qui a mobilisé 190 participants, le président honoraire du Club de Rome, Ernst U. von Weizsäcker, a été rejoint entre autres par Roman Huber, le directeur de Mehr Demokratie, Beatrice Fihn, la directrice d'ICAN International, Martin Herrmann, président de l'Alliance allemande pour la lutte contre le changement climatique et pour la santé, ainsi que par Hubert Heindl de l'Université de la paix en Afrique.
Friedrich Glasl, éminent spécialiste de la paix et des conflits, ainsi que le directeur du département paix de Greenpeace Allemagne seront parmi les intervenants lors à la réunion des militants de l'initiative de 2022.
Notre expertise a été également sollicitée par le Conseil des citoyens concernant la question du rôle de l’Allemagne dans le monde. Ce Conseil des citoyens a été créé en 2020 par le parlement allemand.
Interlocuteurs régionaux et soutien de premier plan
Actuellement, nous avons des interlocuteurs dans différentes régions. Repenser la sécurité est présent sur youtube. De nombreuses personnalités soutiennent notre initiative : le président d’honneur du Club de Rome, Ernst U. von Weizsäcker, l’évêque retraitée Bärbel Warttenberg-Potter, Franz Alt et plusieurs artistes de renom.
Voici une citation de président de l’Union des syndicats allemands, Reiner Hoffmann, sur Repenser la sécurité :
"Ce dont nous avons besoin, c'est d'un changement fondamental de mentalité, d'une conception élargie de la sécurité, axée sur une transition sociale équitable en vue d'une économie neutre sur le plan climatique. Une conception de la sécurité qui mise sur la protection sociale plutôt que sur la sécurité militaire. Une conception de la sécurité qui mise sur la prévention des conflits et des crises. Une conception de la sécurité qui ne génère pas sans cesse de nouvelles causes de migration, mais qui vise à lutter contre les causes de la migration. Cela signifie également que nous avons besoin d'un décuplement des dépenses actuelles pour la coopération au développement et l'aide humanitaire. Désarmer au lieu d'armer - il n'y a pas d'autre solution".
Réseautage international
Aux Pays-Bas, un scénario inspiré par Repenser la sécurité est en cours d’élaboration. En Grande-Bretagne, Repenser la sécurité a un effet pédagogique comparable à celui de notre initiative allemande, et il y a des débuts d’initiatives aux États-Unis et en Italie.
En Autriche, des travaux sont actuellement en cours sur la mise en place d’un service civil en faveur de la paix. En Suisse, le Conseil de la paix a placé la refonte de la sécurité au cœur de son 75e anniversaire.
En2021, un réseau Repenser la sécurité s’est formé en Afrique en coopération avec l'université de Paix en Afrique l’Université africaine de la paix, sous la direction de l’ancienne ministre de la Défense de la République centrafricaine, actuelle présidente du Conseil national pour la non-violence active, Marie-Noëlle Koyara.
Construire un mouvement de jeunes pour la paix
Le projet Peace for Future, un mouvement allemand de jeunes en faveur de la paix créé en automne 2020, met les jeunes en contact les uns avec les autres et avec l’Initiative Repenser la sécurité grâce à une formation d’animateurs de paix dans tout le pays.
Ralf Becker
Ralf Becker coordonne l’initiative Repenser la sécurité – d'une politique de sécurité militaire a une logique de sécurité civile issue de la société civile et des Églises sur mandat de l’Église évangélique de Bade.
Auparavant, de 2012 à 2019, il a assuré la coordination de l'association www.gewaltfreihandeln.org, qui forme des professionnels civils de la paix dans toute l'Allemagne et les met en réseau dans le cadre de leurs activités au niveau mondial.
De mars 2020 à avril 2022, Ralf Becker a été membre du conseil des porte-parole de la Plateforme "Zivile Konfliktbearbeitung", un réseau d'organisations et de personnes individuelles allemandes visant à promouvoir la gestion civile des conflits.
